Des antibactériens pour limiter les syndromes inflammatoires de l’intestin
Publié par CNRS Bretagne et Pays de la Loire, le 22 octobre 2026
Certaines enzymes du microbiote intestinal s’attaquent aux sucres qui protègent l’intestin. Une équipe nantaise développe des molécules capables d’inhiber ces enzymes, comme traitements potentiels des maladies inflammatoires de l’intestin.
L’équipe mène un combat vieux comme la médecine moderne. « Nous développons de nouvelles voies pour traiter les infections bactériennes,
explique Sébastien Gouin, directeur de recherche CNRS au laboratoire
Chimie et interdisciplinarité, synthèse, analyse, modélisation1. Actuellement,
ces maladies sont encore principalement prises en charge par des
antibiotiques, malgré l’émergence croissante de résistances. Il est donc
essentiel de développer des stratégies de traitement alternatives,
contre lesquelles les bactéries seraient moins susceptibles de
développer des mécanismes de résistance. »
Travaux précédents : des molécules antiadhésives contre Escherichia coli
« Dans
une première étude, menée avec nos collègues Nicolas Barnich et Adeline
Sivignon de l’unité Microbes, intestin, inflammation et susceptibilité
de l’hôte2 nous avions développé des molécules capables d’empêcher les bactéries E. coli de s’accrocher aux cellules, poursuit Sébastien Gouin. Le
principe consiste à utiliser des molécules qui bloquent des récepteurs
bactériens qui adhèrent à des sucres spécifiques situés à la surface des
cellules intestinales. Nos résultats montrent que cette stratégie
antiadhésive, précédemment évaluée pour le traitement des infections
urinaires, pourrait également s’appliquer aux maladies inflammatoires de
l’intestin. Nos partenaires du laboratoire M2iSH ont en effet montré
que le décrochage des bactéries du tractus intestinal permet de réduire
les symptômes inflammatoires dans un modèle murin de maladie de Crohn.
Les résultats de cette première étude nous ont encouragés à développer
des alternatives thérapeutiques aux antimicrobiens classiques. »
Limiter la prolifération d’E. coli
L’équipe de chercheurs s’intéresse maintenant à une stratégie alternative pour limiter le développement d’E. coli
pathogènes intestinales où les mucines jouent un rôle essentiel. Les
mucines constituent le composant principal du mucus intestinal, jouant
un rôle vital de régulation et de protection. Les mucines sont des
glycoprotéines gélifiantes, exposant à leur surface une famille de
sucres, les acides sialiques, avec principalement l’acide N-acétylneuraminique (Neu5Ac).
Certaines espèces bactériennes du microbiote intestinal produisent des
sialidases, des enzymes capables de cliver le Neu5Ac de la surface du
mucus.
« Des travaux précédents montrent qu’une activité excessive des sialidases favorise le développement d’E. coli dans l’intestin, qui utilisent Neu5Ac comme source de nutriment, détaille Sébastien Gouin. De fait, certaines souches d’E. coli pathogènes
sont surreprésentées dans la maladie de Crohn et jouent sur la sévérité
de l’inflammation de l’intestin. Nous avons donc émis l’hypothèse qu’en
inhibant les sialidases intestinales, nous pourrions restaurer un
microbiote normal et diminuer cette inflammation. »
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